QU'EST-CE QU'UN CHAMAN ? QUE'EST CE QUE LE CHAMANISME ?

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QU'EST-CE QU'UN CHAMAN ? QUE'EST CE QUE LE CHAMANISME ?

Message  Invité le Jeu 5 Avr - 10:12

CHAMAN :



Le ou la chaman ou chamane (ou "shaman") se représente comme l’intermédiaire et l'être intercesseur entre l'Homme et les esprits de la nature. Il ou elle a une perception du monde que l’on qualifie aujourd’hui d’holistique dans son sens commun ou animiste (voir également les Théories Gaïa). Le "shaman" est à la fois : sage, thérapeute, guérisseur et voyant. Il est l'initié et le dépositaire de la culture, des croyances, des pratiques du chamanisme et du peuple dont il est issu. On le trouve principalement dans les sociétés traditionnelles ancestrales et il ou elle arbore des parures et pratique dans le secret.



ETYMOLOGIE :


Ce terme provient du toungouse (langue de Sibérie) shaman (personne qui possède la connaissance). Une confusion avec le sanscrit shramana ou samana (qui désignait des ascètes) a laissé penser que les deux termes avaient une source commune, mais il n'en est rien.

Le mot shaman, chamane, saman apparaît pour la première fois en 1672, chez Avvakum Petrovitch, un dirigeant du clergé conservateur russe, exilé en Sibérie, en 1661, par le tsar Alexis Ier.

"Il obligea un indigène à faire le saman [chamane], c'est-à-dire le devin : l'expédition sera-t-elle heureuse, et reviendront-ils victorieux ? Ce manant de magicien, près de ma cabane, amena sur le soir un bélier vivant et se mit à pratiquer sur lui sa magie. Après l'avoir tourné et retourné, il lui tordit le cou et rejeta la tête au loin. Puis il commença à sauter et danser et à appeler les démons. Enfin, avec de grands cris, il se jeta à terre, et l'écume sortit de sa bouche. Les démons le pressaient, et il leur demandait : 'L'expédition réussira-t-elle ?' Et les démons dirent : 'Avec grande victoire...' (...) J'eus pitié d'eux : mon âme voyait qu'ils seraient massacrés... Sa troupe a été massacrée..." (Avvakum Petrovitch, La vie de l'archi-prêtre Avvakum écrite par lui-même, 1672, trad. du russe Pierre Pascal, Gallimard, 1938).



FONCTION AU SEIN DES SOCIETES TRADITIONNELLES :


Le rôle est assumé par des hommes ou des femmes avec des fonctions très variées dans les sociétés traditionnelles, incluant la direction de la tribu, l'élaboration et la direction des rituels, la guérison par sa connaissance des plantes ou une action psychique directe, l'enseignement, le conseil; ces rôles sont souvent combinés.

Les aptitudes supposées des chamans sont, entre autres, une perception extra sensorielle; des pouvoirs psychiques variables suivant les traditions et l'individualité du chaman (télépathie, prescience, vision à de grandes distances, divination...); en tant que psychopompe, il relie le monde des morts, l'au-delà, à celui des vivants par une série de transformations personnelles, parfois par l'emploi de substances psychotropes, guidés par un chaman plus ancien, selon une relation Maître-Disciple.

Le chamane a acquis une certaine popularité pour un public des sociétés modernes en recherche d'expériences mystiques ou après la lecture des livres de Carlos Castaneda. Ainsi, les offres d'initiations chamaniques à base de substance psychotrope comme l'ayahuasca et l'iboga, par exemple, ont fait la une des journaux, provoquant des débats et une polémique sur leur nocivité éventuelle et les possibles difficultés que pourraient rencontrer des citadins européens qui s'engageraient aveuglément dans de telles pratiques. Attention tout particulièrement aux pratiques ésotériques," chemin de mort" !



CHAMANISME :


Le chamanisme ou shamanisme est une pratique centrée sur la médiation entre les êtres humains et les esprits de la surnature (les âmes du gibier, les morts du clan, les âmes des enfants à naître, les âmes des malades à ramener à la vie, etc.). Cette médiation a une fonction économique au sein de la communauté : gérer l'aléatoire. C'est le chaman qui incarne cette fonction, dans le cadre d'une interdépendance étroite avec la communauté qui le reconnaît comme tel.
Le chamanisme au sens strict prend sa source dans les sociétés traditionnelles sibériennes. Partie de la Sibérie, la pensée chamanique a essaimé de la Baltique à l'Extrême-Orient et a sans doute franchi le détroit de Béring avec les premiers Amérindiens. On observe des pratiques analogues chez de nombreux peuples, à commencer par les Mongols, qui seraient tous originaires de Sibérie, mais aussi au Népal, en Chine, en Corée, chez les Indiens d'Amérique du Nord, en Afrique, en Australie et chez les Amérindiens d'Amérique latine.



NATURE DU CHAMANISME ?


ETYMOLOGIE :


Le mot chamane ou chaman est connu dès le XVIIe siècle. Il entre officiellement dans la langue française en 1842.
Sam est une racine altaïque signifiant « s'agiter en remuant les membres postérieurs ». Saman est un mot de la langue evenki qui signifie "danser, bondir, remuer, s'agiter". Dans les dialectes évènes, « shaman » se dit xamān ou samān.
Ojun désigne le chamane chez les Yakoutes ; il signifie "sauter, bondir, jouer".
L'équivalent turc est kam d'où dérive en russe kamljat, "chamaniser", et kamlanie, "séance chamanique".
Chez les Bouriates, boo murgel signifie « encornement (ou affrontement) de chamane ».
L'idée générale est celle d'imitation des espèces animales, notamment celles qui sont prisées à la chasse : les cervidés et les gallinacés.

Suivant Bertrand Hell le shaman est soit « celui qui sait », soit celui qui « bondit, s'agite, danse ».




ETHNOLOGIE ET CHAMANISME :


La catégorie « chamanisme » pose problème aux anthropologues. Que peut-on appeler « chamanisme », quand on utilise ce terme tant pour parler des pratiques des Toungouses que de celles des urbains Européens ? Pour répondre à cette question, il faut revoir l'histoire du mot et ce qu'elle implique.

Le terme « chamane » est introduit au XVIIIe siècle et emprunté au toungouse (Sibérie) par l’archiprêtre Avvakoum Petrov Kondratiev. Roberte Hamayon (La Chasse à l'âme, 1990) caractérise le chamanisme de Sibérie ainsi : il s’agit d’une « procédure de médiation, rudimentaire et bonne à tout faire supposant une conception spécifique de l'homme, du monde et de la société » ainsi que de leurs relations. La notion d'échange est au cœur de la pensée chamaniste : surtout il existe un lien fondamental entre la chasse, l’alliance et le chamanisme ; ainsi, Roberte Hamayon propose que le chamanisme en soi s'enracine dans la vie de chasse, en raison d'un rapport de nécessité fondé sur ce qui semble caractériser le chamanisme au niveau le plus général : la gestion de l’aléatoire. Celle-ci se réalise par un échange avec les esprits, lors de la transe.

Le chamanisme est donc une conduite, une efficacité, une technique, à restituer dans le tout de la société. Il remplit une fonction d'adaptation à des situations démunies et difficiles, par sa souplesse, son pragmatisme (contrairement aux religions instituées), et par sa disponibilité.

Les traits essentiels du chamanisme, dans les sociétés de chasse, sont : l’alliance avec les esprits de la surnature, le voyage de l'âme, la gestion de l’aléatoire par le rapport entre chamane et esprits, mais aussi la fluidité, car le chamanisme n’est pas quelque chose de figé puisqu’il intègre.

L’institution chamanique dépasse largement la région sibérienne. Tous les continents sont touchés et l'on assiste aussi à des mouvements du New-age en Amérique du Nord, en Europe et en France, avec l’émergence d’un néo-chamanisme.

Si l'on prend le terme « chamanisme » stricto sensu dans le sens toungouse, alors son champ est fortement limité et ne s’étend plus qu’à cette société. Il faudrait en fait répertorier les traits du chamanisme toungouse, et on s’autoriserait alors à appliquer ce terme à toutes les institutions partageant exactement tous ces traits énumérés. Probablement cela couvrirait alors l’ensemble sinon une partie de la Sibérie, mais certainement pas tous les groupes pour lesquels on parle de chamanisme. Toutefois, si l’on en prend les traits principaux, on peut alors utiliser le terme de « chamanisme », celle-ci devenant une catégorie, et le chamanisme toungouse un modèle. Car ce que l’on peut comparer ce sont les modèles tirés de ces sociétés, et non les sociétés elles-mêmes, ni leurs rituels.

Cela étant établi, pour placer des éléments, pratiques, institutions, sous la catégorie « chamanisme » il faut donc de la rigueur. Ainsi, lors du Congrès international sur le chamanisme de 1997, on a pu assister à des communications soulevant le problème du « développement des pratiques dites alors chamaniques, auprès d’Européens en mal d’exotisme » ; et à ce sujet deux avis s’opposaient, l’un déniant le caractère « chamanique » (D. Vazeilles), l’autre ne voyant pas de raison illégitime qui interdirait cette dénomination, puisque selon C. Kappler, l’Europe avait jusqu’au Moyen Âge des pratiques également « chamaniques », citant Jeanne Favret-Saada (Les mots, la mort, les sorts), donc associant la sorcellerie au chamanisme.

Le débat, loin d’être fini, pose toujours problème. Dans l’application du terme « chamanisme » à d’autres sociétés, il convient de justifier ce choix par une description précise des faits et pratiques qui forment le modèle que l’on veut comparer au modèle toungouse. Pour utiliser le « chamanisme » comme élément de comparaison, il faut en effet pouvoir comparer des modèles entre eux.



CHAMANISME ET RELIGION :


La nature du chamanisme n'a pas fini de faire couler beaucoup d'encre ! Les scientifiques, ethnologues et érudits divers ne se sont guère intéressés à l'idéologie du chamanisme, certains refusant même de discuter de son éventuelle nature religieuse.
Le chamanisme est appréhendé comme tel dès le XVIIe et XVIIIe siècles par les premiers observateurs en Sibérie. C'est le contact avec les esprits qui est considéré, à la fin du XIXe siècle, comme le phénomène religieux de base. Au XXe siècle, Mircea Eliade, influencé par le mysticisme du christianisme russe orthodoxe, rattache le complexe chamaniste (croyances, rites et mythes) à la religion. C'est surtout l'expérience extatique qui est définie comme l'expérience religieuse de base. Mais cette dernière notion est actuellement très controversée, certain la considérant comme une imposture scientifique, d'autres lui préférant le terme de transe, la seule à impliquer un élément musical.
Ake Hultkrantz présente le chamanisme comme un complexe culturel religio-magique et conclut : « puisque le monde surnaturel est le monde de la religion, le chamanisme joue donc un rôle religieux » et « il n'est pas interdit de supposer que toutes les expériences extatiques à l'origine de renouveaux religieux remontent aux chamans des temps anciens ».

Michel Perrin définit le chamanisme (Le Chamanisme, « Que sais-je ? ») comme l'un des grands systèmes imaginés par l'esprit humain dans diverses régions du monde pour donner sens aux événements et pour agir sur eux. Selon lui, il implique une représentation bipolaire ou dualiste de la personne et du monde. L'être humain est fait d'un corps et d’une ou plusieurs composantes invisibles, souvent qualifiées d’“âmes”, qui survivent à la mort. Le monde est également double. Il y a ce monde-ci, visible, quotidien, profane, et un monde-autre. C'est le monde des dieux et de leurs émissaires, des esprits de toutes sortes, des maîtres des animaux ou des végétaux, des ancêtres, des morts... C'est le monde que décrivent les mythes. Le chamanisme suppose aussi que certains humains savent établir à volonté une communication avec le monde-autre. Ils peuvent le voir et le connaître, à la différence des autres hommes, qui ne font que le subir ou le pressentir. Ce sont les chamanes. Ils sont désignés et élus par le monde-autre. Selon Perrin, le chamanisme est donc bien une sorte de religion, à condition de considérer une religion comme une représentation du monde qui ne peut être séparée des actes découlant de la croyance qu'elle met en place.

Wilhelm Schmidt considère le chamanisme comme de la magie, voire comme une dégénérescence religieuse. Pour Bertrand Hell, le chamanisme, à l'instar de la possession, est placé sous le signe de l'efficacité pratique et pragmatique, rejoignant par là Marcel Mauss pour qui la magie est la manipulation des forces immanentes, alors que la religion s'attache plus à la métaphysique, la transcendance et à un au-delà meilleur.
D'autres considèrent le chamanisme comme de la sorcellerie (Roland Dixon), voire comme une imposture entretenus par le chaman.

Inversement certains auteurs présentent la religion des peuples du Nord de la Sibérie comme chamanique !
L'observation, par les médecins et administrateurs coloniaux, de l'aspect thérapeutique et du comportement du chaman ont mis un doute sur ce caractère religieux, rejoignant l'échec des théories sociologiques à le définir comme tel, notamment du fait de l'absence de doctrine, de clergé et de liturgie.
L'anthropologie contemporaine ramène plutôt le chamanisme à un mode d'organisation des expériences des individus chamanes. Pour Roberte Hamayon, le chamanisme s'enracine dans la vie de chasse, et, à ce titre, est conditionné « par la donnée empirique qu'est le caractère imprévisible de l'apparition du gibier », « la pensée chamanique s'interprète comme la création de moyens symboliques pour agir sur cet aléa »... "les changements dans la place et la nature des aléas commandent l'évolution du chamanisme". Au centre des rituels chamaniques Bouriate, il y a le jeu, jeu rituel dont l'issue rappelle les aléas de la vie de chasse, et « qui récuse la transcendance et impose l'altérité ». Il est remarquable que les Bouriates se définissaient eux-mêmes comme peuples à chamanes, par opposition aux peuples à Dieux pour se différencier des Russes lors de la colonisation.

Enfin, la question de l'assimilation ou non du chamanisme à la religion a permis de se (re)poser des questions quant à la nature du phénomène religieux, conduisant par là à une reconceptualisation de celle-ci.



CHAMANISME ET PREHISTOIRE :


LE CULTE DES CERVIDES CELESTES :


C'est Spitsyne qui a révélé au public la découverte de plaques chamaniques coulées dans le bronze, nommées les plaques de Perm, sur les bords de la Kama et de l'Ob, dans l'Oural. Elles datent du Moyen Âge.


Recouvertes de figurations mi-humaines mi-cervidés, de têtes d'élans, de dragons, de bêtes à fourrure et d'oiseaux, dont certains à masque humain sur la poitrine. Les créatures bipèdes à figures animales ont été appelées par Spitsyne souldé.
Sur certaines d'entre elles, il s'agit de figuration de deux femmes-élanes, debout sur un énorme dragon et formant, à l'aide de leurs têtes d'élanes, la voûte céleste sous laquelle on peut voir soit de petites silhouettes humaines, soit une silhouette masculine coiffée d'un masque d'élane.

Pour certaines de ces plaques, un parallèle a été fait, par A.V. Schmidt, avec la littérature orale laponne fixée en 1926-1927 et relatant la légende de l'homme-renne. Pour Boris Rybakov le culte des cervidés célestes, qu'on retrouve également sur certaines de ces plaques, est très répandu chez les peuples sibériens : chez les Evenki de la Toungouzka il y a l'élane céleste Bougady Enintyne, chez les Kéty il y a la déesse Tomane, chez les Selkoupy il y a Yliuonda Kotta. Le culte des deux maîtresses célestes du monde, semi-femmes semi-cervidés est également répandu (Nganassanes, Evenki, Dolganes, Nivkhi des îles Sakhaline).

Les femmes-rennes :
En entrant, la chamane aperçut deux femmes nues, semblables à des rennes : elles étaient couvertes de poils, portaient des bois sur la tête. Le chamane s'approcha du feu, mais ce qu'il avait pris pour du feu, c'étaient les rayons du soleil. Une des femmes était enceinte. Elle mit au monde deux faons... La deuxième femme mit aussi au monde deux faons... Ces faons doivent devenir les ancêtres des rennes sauvages et domestiques.
Cité par Boris Rybakov citant Anissimov.
La coiffure chamanique décorée d'un museau d'élane est attesté également par des données archéologiques. On la trouve sur une sculpture d'os provenant de la nécropole mésolithique de l'île au Renne de l'Onéga (Vè millénaire avant notre ère) et coiffant un officiant s'élevant vers le monde céleste, entouré de deux femmes, la tête tournée vers le chamane . Spitsyne l'identifie au casque de souldé des plaques de Perm. On la trouve aussi dans l'île au Renne de la Mer de Barents, dans la tourbière de Chiguir dans l'Oural, près de Palanga sur les bords de la Baltique.

Pour Boris Rybakov, le culte des cervidés célestes, étroitement associé au chamanisme, est ainsi attesté au mésolithique il y a cinq mille ans, au cours de la période du folklore de bronze du VIIe au XIe siècle, et dans les mythes cosmogoniques sibériens collectés au XIXe et XXe siècles. Son étendu géographique est celui de l'ensemble ethnique tongouze, samoyède et ougrien, mais s'étend bien au-delà d'après ses conclusions (Europe et Asie). Par contre, d'après cet auteur, aucune base ne permet de supposer qu'il ait existé chez les chasseurs de l'époque glaciaire. Bien que les figurations de cervidés soient fréquentes dans l'art paléolithique, elles ne se distinguent pas de la masse des autres animaux. Concernant peut-être la seule exception, le Dieu Cornu ne pourrait-être finalement, selon Rybakov, qu'un simple chasseur ayant mis sur lui une peau de renne pour approcher un troupeau, dans le cadre d'un déguisement. L'interprétation de l'anthropologue Margaret Murray, suivant laquelle le dieu cornu serait invoqué dans un rituel chamanique, semble controversée.



CHAMANISME AU PALEOLITHIQUE ?


Horst Kirchner avait tenté d’expliquer l'art pariétal européen par un chamanisme paléolithique en 1952. Cette hypothèse sans aucun fondement avait été critiquée dès le début et elle refait surface de temps à autre. Elle a été reprise par Andreas Lommel en 1960 et en 1964 par l'abbé André Glory à la fin de sa vie. A nouveau elle a été formulée en 1988 par deux anthropologues d'Afrique du Sud, David Lewis-Williams et T. A. Dowson. Lewis-Williams établissait une comparaison entre le chamanisme chez les San (Bushmen) et les peintures pariétales des sites sud-africains. Cette thèse a été reprise, pour l'art paléolithique eurasiatique, par le préhistorien Jean Clottes, auteur (avec D. Lewis-Williams) des Chamanes de la préhistoire, paru en 1996. Elle est aujourd'hui récusée aussi bien par la plupart des préhistoriens et que par les spécialistes du chamanisme. "J. Clottes et D. Lewis-William ont largement outrepassé les limites de la démarche scientifique en proposant une explication unique, unilatérale de la religion des origines" (Sciences Humaines, décembre 2006).



PRINCIPES DU CHAMANISME :



LE CHAMAN :


Le chamane est un être complexe chez qui on a voulu voir un guérisseur, un sorcier, un prêtre, un magicien, un devin, un médium ou un possédé.

Il existe en fait une polyvalence dans ses attributions. Celles-ci s'effectuent dans un cadre rituel bien précis. Elles varient d'une région à l'autre, mais aussi et surtout d'une époque à l'autre. On peut citer parmi ces attributions :
faire du tort à un ennemi ;
traiter certaines maladies ;
nommer un enfant ;
faire tomber la pluie ;
faire venir le gibier ;
retrouver un objet perdu.
Pour communiquer avec les esprits, le chamane se met en transe grâce à ses rituels. Ceux-ci se caractérisent par une expression corporelle et un état psychique particulier, dont les tremblements sont l'élément le plus évocateur (un esprit est présent dans le corps du chamane). La transe est toujours associée à un élément musical et dans son étymologie il y a la notion de passage et de changement. Enfin, la transe s'effectue au service de la croyance. Le chamane se met aussi en rapport avec l'au-delà par le moyen de songes ou de visions.
Le rituel du chamane n'est pas figé, il existe une personnalisation de sa pratique. Chaque chamane fait différemment des autres, il n'y a pas de liturgie et il possède un talent personnel à exercer une fonction héréditaire.
L'expression du chamane lorsqu'il est en contact avec les esprits donne une apparence de folie. En fait elle est trompeuse. Le chamane est normal en dehors des séances. Son comportement pendant le rituel n'affecte ni son autorité ni son sens des responsabilités. Sont confiées au chamane des fonctions capitales pour la vie de sa communauté.

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Re: QU'EST-CE QU'UN CHAMAN ? QUE'EST CE QUE LE CHAMANISME ?

Message  Invité le Jeu 5 Avr - 10:17




LE CHAMANISME DANS LE MONDE :

LE CHAMANISME CHINOIS :

Le chamanisme a existé en Chine. Il a été repris par le taoïsme. Selon un ouvrage du IIIe siècle, le Baopuzi, le prêtre connaît des voyages extatiques qui l'emmènent au ciel, où il peut rencontrer des dieux, des ancêtres, ou trouver des remèdes médicaux. Il est aidé par des animaux, dragons, tigres ou cerfs. Une caractéristique générale des chamans est justement de pouvoir se rendre au Ciel ou dans les Enfers.



LE CHAMANISME GREC ANTIQUE : LES HYPERBOREENS


On qualifie d'« hyperboréens » ou d'« apolliniens » un groupe de penseurs ou de mages ou de chamans antérieurs à Socrate et même au premier des présocratiques (Thalès) : Aristée de Proconnèse (vers 600 av. J.-C.), Épiménide de Crète (vers 595 av. J.-C.), Phérécyde de Syros (vers 550 av. J.-C.), Abaris le Scythe (vers 570 av. J.-C. ?), Hermotime de Clazomènes (vers 500 av. J.-C.). Les Grecs en faisaient une école, qui anticipait le pythagorisme.

Pour Apollonios Dyscole, « À Épiménide, Aristéas, Hermotime, Abaris et Phérécyde a succédé Pythagore (...) qui ne voulut jamais renoncer à l'art de faiseur de miracles. »

Le pythagoricien Nicomaque de Gérase (vers 180) a sa liste : « Marchant sur les traces de Pythagore, Empédocle d'Agrigente, Épiménide le Crétois et Abaris l'Hyperboréen accomplirent souvent des miracles semblables ». Clément d'Alexandre met ensemble (Strômates, I, 133) Pythagore, Abaris, Aristéas, Épiménide, Zoroastre, Empédocle, Phormio.

Pline l'Ancien (Histoire naturelle, VII, 174) groupe Hermotime, Aristéas, Épiménide, Empédocle. Walter Burkert énumère comme "faiseurs de miracles" : Aristéas, Abaris, Épiménide, Hermotime, Phormio, Léonymos, Stésichoros, Empédocle, Zalmoxis. Ces personnages sont à la fois des chamans et des penseurs ou même des philosophes. Le premier à noter l'aspect chamanique fut Meuli., suivi par Alföldi et Eric Robertson Dodds.

Avec Abaris et Aristéas, voici, dit Giorgio Colli, « le délire d'Apollon à l'ouvrage. L'extase apollinienne est un sortir hors de soi : l'âme abandonne le corps et, libérée, elle se transporte au dehors. Cela est attesté par Aristéas, et on dit de son âme qu'elle volait.[28] À Abaris, en revanche, on attribue la flèche, symbole transparent d'Apollon, et Platon fait allusion à ses sortilèges. Il est permis de conjecturer qu'ils (Abaris et Aristéas), ont réellement vécu. (...) Ce que relate Hérodote à propos de la transformation d'Aristéas en corbeau est aussi digne d'intérêt : le vol est un symbole apollinien (...). D'autres renseignements sur Épiménide en donnent une représentation chamanique qui est à mettre en relation avec Apollon Hyperborée. Dans ce cadre prennent place sa vie ascétique, sa diète végétarienne, voire son fabuleux détachement vis-à-vis de la nécessité de se nourrir. (...) C'est, en effet, chez Épiménide que l'on peut saisir pour la première fois les deux aspects de la sagesse individuelle archaïque de source apollinienne : l'extase divinatoire et l'interprétation directe de la parole oraculaire du dieu. Le premier aspect est déjà repérable chez Abaris et Aristéas. (...) Phérécyde de Syros se présente à première vue comme un personnage apollinien. En effet, de Phérécyde est attestée l'excellence dans la divination, et Aristote lui-même lui attribue une pratique miraculeuse de la magie, qualité récurrente dans le chamanisme hyperboréen. » Aristote classe Phérécyde de Syros et quelques autres comme proche des Mages.

Selon Élien, « les habitants de Crotone ont appelé Pythagore Apollon Hyperboréen. ». Pythagore a des aspects chamaniques, sans être un chaman : il distingue nettement l'âme du corps, il utilise des guérisons magiques, il croit en la solidarité entre humains et animaux, etc.

Empédocle (vers 460 av. J.-C.) pouvait, dit-on, « retenir le vent », détourner la peste, délivrer les terres de la stérilité, guérir par la musique, et même faire revenir à la vie.

Phormion, fameux amiral en 429 av. J.-C., blessé dans une bataille, fut, dit-on, guéri en allant - sans doute par voyage chamanique, par transe - à Sparte, chez les Dioscures (Castor et Pollux), souvent liés à Apollon et immortels.

Les Grecs ont été en contact avec le chamanisme vers 630 av. J.-C. quand ils ont colonisé la région de la mer Noire, où vivaient des Scythes. Les Scythes avaient leurs chamans, qui respiraient la fumée de chanvre et entraient en extase (Hérodote, IV, 75). Abaris est un Scythe.



LE CHAMANISME SCANDINAVE :

Il y a des exemples très nets de chamanisme dans le monde indo-européen, surtout dans sa mythologie. Ainsi, le dieu Odin des Scandinaves peut quitter son corps, qui gît alors comme endormi, sous une forme animale, et voyager là où il le désire. Il possède un cheval à huit pattes, très rapide, qui est aussi identifié à un arbre cosmique (Yggdrasill) semblable à celui utilisé par les chamans lors de leurs voyages. Par ailleurs, Odin est un grand magicien et il peut forcer les morts à livrer les secrets de l'Au-delà, ce qui est une prérogative du chaman. Dans la Grèce antique, on connaît le poète Aristée de Proconnèse. Il était transporté au loin lors de «délires apolliniens» (Apollon étant un dieu apparenté à Odin). Il abandonnait son corps, qui gisait comme mort. Sur son île, une statue le représentait à côté d'Apollon (Hérodote, IV, 13-15). Pline l'Ancien rapporte qu'elle représentait son âme quittant son corps sous la forme d'un corbeau.

La cosmologie indo-européenne ressemble au chamanisme néolithique : l'univers est constitué de trois mondes, le Ciel, la Terre et les Enfers, qui sont reliés par un arbre. La voyance, la divination ou la magie sont plus l'affaire des femmes que des hommes (d'où les croyances aux sorcières). Le chamanisme masculin se voit relégué dans la mythologie tandis que les fonctions sacerdotales sont exercées par une classe de prêtres.

Les Scandinaves considéraient leurs voisins Lapons (de langue finno-ougrienne) comme de grands magiciens. Ils appelaient aussi ce peuple les Sameh (singulier Same), comme les Lapons se nomment eux-mêmes. De toute évidence, le chamanisme était très développé chez eux. Les chamans sameh étaient appelés des noaides. Leurs pratiques ont été décrites au XIIIe siècle dans l'Historia Norwegiae. Ils officiaient grâce à des assistants qui chantaient et ils utilisaient un tambour (comme leurs homologues sibériens) et un marteau de corne. Ils pouvaient prendre une forme animale pour aller se battre contre un confrère, découvrir un voleur ou même le mutiler à distance, attirer le gibier à portée des chasseurs ou le poisson dans le fjord, provoquer des états d'hypnose ou d'illusion des sens. Les Finno-Ougriens sont originaires des forêts du nord de la Russie. D'une manière ou d'un autre, une analyse fine du chamanisme le fait toujours provenir du nord de l'Eurasie.



LE CHAMANISME CORSE :


En Corse, peut être trouvé le Mazzeru (voir Mazzérisme). Le Mazzeru n'est pas toujours considéré comme faisant partie de ce monde à part entière. N'étant ni du monde des vivants, ni du monde des morts, il se situe plutôt à la limite de ces deux mondes. Il est également désigné, selon les régions, sous les noms de Culpadore, d'Acciacatore et bien sûr de Mazzeru. Ces trois termes sont formés à partir des verbes acciacà, culpà, amazzà, qui signifient « tuer » en frappant. Cette fonction de tuer provient de la capacité du Mazzeru à « chasser en rêves ». Lors du sommeil du Mazzeru son double spirituel va dans le monde des rêves participer à une partie de chasse, le Mazzeru tuant le premier animal (sauvage ou domestique) qu'il croise. En retournant la bête sur le dos, la tête de celle-ci se transformera en visage humain. Cet humain, connu du Mazzeru, est condamné à mourir entre trois jours et un an plus tard. Hommes et femmes peuvent être des Mazzeru, même si les femmes sont réputées être plus acharnées que les hommes dans leur façon de tuer.



LE CHAMANISME MODERNE : NEO-CHAMANISME ET CORE CHAMANISME


Le néo-chamanisme commence en 1968 avec Carlos Castaneda, quand il publie The Teachings of Don Juan (trad. fr. : L'Herbe du diable et la Petite Fumée). Ce livre se présente comme une enquête ethnologique auprès d'un chamane indien d'origine yaqui, Don Juan, mais c'est une fiction ésotérique sur les plantes hallucinogènes utilisées par les Huichol du Mexique.

Joan Halifax, Harley Swift Deer, Rolling Thunder, ou Archie Fire Lame Deer, Amérindiens des États-Unis, se disent medicine-men" (Michel Perrin).

Le Français Mario Mercier, écrivain, poète, artiste, est un exemple de néo-chamane français aujourd'hui en activité, il a publié un Manifeste pour un nouveau chamanisme (2002), Chamanisme et chamans (1977).

L'anthropologue Michael Harner, à partir de son étude des Jivaro et d'une approche comparative de diverses traditions chamaniques, a contribué au retour des pratiques chamaniques en Occident suite à la parution de son livre : The Way of the Shaman (trad. fr. : Chamane) en 1980. Il a qualifié son approche de "core-shamanism", c'est-à-dire "chamanisme fondamental", une approche regroupant des techniques au-delà des contextes culturels spécifiques. Il est le président et fondateur de la Foundation for Shamanic Studies (FSS).

Signalons finalement, en France, le livre Le Chamane et le Psy, par Laurent Huguelit et le Dr Olivier Chambon (Mama Éditions, 2010), qui traite de la complémentarité et de l'intégration des techniques chamaniques dans la psychothérapie moderne, ainsi que du chamanisme moderne tel qu'il se développe actuellement en Occident.



Source : Wikipédia

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